Guide de la gestion des couleurs

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shim
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Shim
Créée le 03 août 2011
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Convertir une image


Puisqu'il existe des espaces couleurs plus ou moins grands, des profils ICC pour chaque périphérique, il faut maintenant savoir communiquer la bonne couleur, la même couleur dans la mesure du possible, d'un appareil vers un autre, en tenant compte de leurs caractéristiques. La communication de la bonne couleur ainsi que le changement des valeurs RVB correspondantes s'appelle la conversion. Voyons pourquoi et comment maintenant... sachant que c'est un peu comme dans un bureau de change : vous avez 100 euros en votre possession (comme si vous étiez dans un espace colorimétrique donné) et vous voulez l'équivalent en dollars (vous voulez imprimer correctement votre fichier avec une imprimante et un papier donnés) : c'est le bureau de change et le court du jour ( l'équivalent de l'espace Lab ) qui vont vous donner l'équivalence...

 

 

Comment communiquent-ils la "bonne" couleur ?

Il y a plus de quinze ans, un organisme international, l'International Color Consortium - ICC - fondé par Adobe, Microsoft, Apple, Agfa, Kodak, Silicon Graphics et Sun a inventé et installé, d'abord sur un ordinateur Apple, un outil fabuleux : Colorsync. En 1995 étaient donc inventés les profils ICC - ou ICM pour Microsoft ® - et les outils de conversion des couleurs qui doivent forcément l'accompagner. Or en 1995, l'outil Colorsync était seulement un outil de conversion et non un outil de création de profils ICC ou ICM. Ils restaient donc à inventer !
En fait, l'ensemble de ces outils de création de profils et de conversion ne sont performants que depuis 2000 pour le grand public, c'est-à-dire depuis que Photoshop en est à sa version 6 et depuis que des sociétés comme MonacoSystems ou X-Rite ont créé de formidables logiciels de création de profils abordables et des sondes de qualité. C'est donc tout récent !
En fait, chaque appareil, image etc... possède un profil ICC qui lui est propre et que sait interpréter un logiciel comme Photoshop. Il peut attribuer un profil à une image ou bien "traduire" les couleurs, on dit convertir une image, d'un appareil vers un autre. Les appareils peuvent donc communiquer par l'intermédiaire du CMM et de leur profil ICC. Dans Photoshop depuis la version 6, il se nomme : moteur ACE. Il n'y en avait pas avant cette version dans Photoshop.

Pour fonctionner, le CMM - moteur de conversion de couleur - a besoin de savoir quel profil ICC est attribué à une image - profil ICC d'origine - pour savoir à quelles couleurs Lab il a affaire pour des signaux RVB donnés et vers quel appareil l'envoyer - profil ICC de destination -, donc le convertir en signaux R'V'B'. Le CMM est la plaque tournante et est basé sur les couleurs Lab et non des signaux RVB ou CMJN car, comme nous l'avons vu à plusieurs reprises, les couleurs Lab sont absolues. Il sait qu'il doit transmettre comme information telle ou telle couleur Lab et grâce au profil ICC sait à quel signal RVB ou CMJN cela correspond pour celui-ci et uniquement celui-ci. Il va donc traduire cette couleur Lab, une valeur RVB, en un autre signal R'V'B' ou C'M'J'N' pour que l'appareil de destination reproduise bien la même couleur Lab. S'il ne peut pas directement, il va la remplacer par une autre sans trahir la sensation visuelle perçue. C'est là surtout sa grande force ! Cette opération de traduction s'appelle une conversion et il existe quatre façons différentes de la faire selon le rendu désiré. Nous étudierons cela plus loin.


Valeurs RVB et couleur LAB ?

Valeurs RVB identiques projetées dans l'espace LabAfin de bien se représenter pourquoi à une même valeur RVB correspond une couleur réelle - donc Lab - différente, j'ai projeté quatre espaces couleurs ou profils ICC différents sur l'espace Lab. Ci-contre, on peut voir la partie supérieure droite (vers les valeurs rouges) de cette projection. L'angle de chaque espace correspond à la valeur rouge la plus saturée puisque ayant comme coordonnées RVB : 255, 0, 0. Or on constate que cette même définition de couleur ne se projette pas au même endroit dans l'espace Lab donc correspond bien à des couleurs rouges différentes. (Si, sur votre écran, vous avez la sensation que ces quatre points rouges ont la même couleur c'est uniquement dû au gamut de votre écran qui ne permet plus de distinguer des rouges pour des couleurs aussi saturées.)

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Attribuer ou convertir en profil ?

Menu "Attribuer un profil"- Attribuer un profil ICC à une image sert à lui donner sa carte d'identité couleurs donc un sens. Cela sert à savoir quelle couleur Lab doit être affichée ou imprimée en fonction des valeurs RVB envoyées à l'écran ou l'imprimante donc contenues dans le fichier numérique. Cela sert à retrouver la bonne couleur en tenant compte des caractéristiques (des défauts) de l'appareil. Si on regarde dans Photoshop une photo sans profil ICC et qu'on lui en attribue un - le sien -, son affichage change - les couleurs Lab changent - mais pas les valeurs RVB dans la palette info. Pendant l'attribution, Photoshop ne fait que traduire les définitions RVB qu'il lit dans l'image en la bonne couleur Lab.
C'est comme si vous trouviez un billet par terre d'un pays que vous ne connaissez pas; avant de vous donner son équivalent en euros, l'agent de change doit savoir de quel pays il provient donc quelle est sa valeur absolue. Il faut lui donner un nom : c'est son profil ICC. Donner un nom - donc les bonnes couleurs pour ce fichier - s'appelle : attribuer un profil ICC .

Menu "Convertir en profil"- Convertir une image sert à changer les valeurs RVB en R'V'B' d'une même photo SANS changer - ou le moins possible - les couleurs Lab de celle-ci à l'affichage ou à l'impression (on convertit d'une monnaie vers une autre; dans la main on aura plus ou moins de billets après la conversion mais toujours pour la même valeur absolue). On a besoin de convertir une image quand on veut par exemple imprimer une image que l'on vient de scanner. Non seulement chaque appareil "déforme" les couleurs mais surtout, à cause de leurs limites physiques, ils ne peuvent pas reproduire le même ensemble de couleurs. Traditionnellement, les imprimantes sont reconnues pour posséder un espace couleur plus petit que les moniteurs ou les scanners, en 2011, essentiellement sur les papiers mats. Cela ne les empêche pas d'être capables, sur certaines couleurs, d'aller plus loin que ces appareils ! Dans tous les cas, on change d'espace colorimétrique et donc de profil - source vers destination - pour :

  • Conserver une même couleur perçue, une couleur Lab, d'un appareil vers un autre, d'un espace vers un autre, même s'il ne peut théoriquement pas l'afficher ou l'imprimer. Les valeurs RVB qui correspondent à une couleur Lab donnée dans un espace (celui de l'APN) sont changées en d'autres valeurs R'V'B' correspondant à la même couleur Lab - et si ce n'est pas possible en une couleur la plus approchante - pour un autre périphérique, par exemple, une imprimante.
  • Faire correspondre les valeurs RVB de la palette info avec les couleurs à l'affichage. Comme on l'a vu page précédente sur le choix d'un espace couleurs neutre comme espace de travail, une fois que l'on a attribué le profil ICC de notre scanner à une photo que l'on vient de scanner, elle s'affiche correctement mais si l'on place la pipette info dans une plage normalement gris neutre, elle sera marquée par une dominante (verte ou magenta le plus souvent). Au lieu d'avoir des valeurs RVB du style 115, 114, 115, on aura 119, 114, 109. Il faut donc balancer les couleurs à l'affichage et les valeurs RVB correspondantes. Si l'on choisit de convertir les valeurs RVB de l'image vers un espace couleurs neutre comme Adobe 98 ou DonRGB, il y aura bien correspondance entre ce que l'on voit et la palette info.

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Exemple avec une image que j'ouvre dans Photoshop sur mon écran calibré

J'ouvre une image - une mire IT 8 - qui vient de mon scanner figure. a ci-dessous. Pour l'exemple, j'ai choisi de l'ouvrir sans profil ICC - je n'ai pas attribué le profil ICC de mon scanner à l'ouverture de l'image - dans un espace de travail neutre et assez grand (Adobe 1998). L'image s'affiche donc avec des couleurs par défaut. Chaque pixel contient des valeurs RVB qui sont interprétées dans l'espace de travail que vous avez choisit pour Photoshop - ici Adobe 1998 -. Si je déplace ma pipette sur la partie qui devrait être gris neutre puisque ma mire scannée est grise neutre à cet endroit, je vois à l'œil nu qu'elle affiche en gris rouge et que le signal RVB associé est R : 98, V : 91 et B : 87. C'est un affichage par défaut car Photoshop, à ce stade, ne peut utiliser les outils de la gestion de la couleur ne sachant pas d'où vient l'image et donc quelles sont les caractéristiques colorimétriques de l'appareil qui a servi à la scanner - son profil ICC -. Or en Adobe 1998, RVB : 98, 91, 87 se traduit par un gris rougeâtre.
Il est donc temps d'attribuer le bon profil ICC à cette image donc celui du scanner qui a servi à la scanner ! Par le menu Image/Mode/attribuer un profil de Photoshop jusqu'à PS CS2 et par le Menu Editions / Attribuer un profil pour PS CS3 et suivant, j'attribue le profil de mon scanner (de préférence un profil que j'ai créé et non un profil générique) figure b ci-dessous à droite. Les valeurs RVB de la palette info ne changent pas MAIS les couleurs affichées, les couleurs L*a*b*, elles, changent ! En tenant compte des caractéristiques (des défauts) de mon scanner en lisant son profil ICC, Photoshop sait maintenant que pour cet appareil un signal 98, 91,87 doit s'afficher avec une couleur neutre, un gris neutre et non un gris rougeâtre. L'image a d'ailleurs retrouvé un contraste normal au passage.



Avant/après attribution d'un profil ICC


Mon image possède maintenant un profil ICC qui est dépendant de mon scanner mais qui permet de l'afficher correctement en tenant compte des caractéristiques colorimétriques de mon scanner. Une valeur RVB neutre (xxx) ne pourra donc pas s'y afficher comme neutre. C'est ce que nous avons vu à la page - Dépendant/indépendant -. Pour que cela soit le cas, il faut que je change d'espace colorimétrique donc de profil ICC ou plus exactement ici d'espace couleurs puisque eux seuls sont neutres. Je vais en choisir un neutre perceptuellement comme Adobe 1998 ou sRGB grâce à une conversion. Adobe 1998 est dit indépendant d'un périphérique et je le choisis plutôt que sRGB parce qu'il est plus grand que celui de mon scanner. J'aurai donc moins de risques de perdre des couleurs au moment de la conversion et plus de "place" pour travailler mes couleurs sans que celles-ci sortent de mon espace de travail (hors-gamme).

Important ! lorsque vous convertissez vers un espace couleurs neutre, il faut le choisir un peu plus grand que celui du profil ICC de l'appareil que vous avez utilisé. C'est pour cela qu'il en existe de nombreux, du plus petit sRGB au plus grand ProphotoRGB.


Sur la figure c, identique à la figure b, je vois mon image correctement affichée mais toujours avec le profil ICC de mon scanner. Par le menu Image/Mode/convertir en profil dans Photoshop jusqu'à PS CS2 ou par la Menu Édition / Converti en profil dans PS suivants, je vais convertir cette image dans mon espace de travail, Adobe 1998 figure d. Cette fois ci, l'affichage des couleurs L*a*b* ne change pas MAIS les valeurs RVB associées changent pour devenir "presque" neutres 109, 110, 110. Je dis que j'ai balancée mon image. Dans l'espace couleurs Adobe 1998, 109, 110, 110 se traduit par un gris neutre.

Une fois convertie dans un espace neutre, j'ai une correspondance visuelle entre mon image et les valeurs RVB.


Avant/après conversion en profil ICC


Maintenant que mon image est correctement affichée et dans un espace de travail neutre et large, je peux la retoucher à ma guise avant de convertir dans l'espace sRGB si je veux la diffuser sur le net ou CMJN correspondant à mon imprimante si je veux l'imprimer.

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Comment se fait la conversion ?

On vient de voir dans le paragraphe ci-dessus les différents rôles de la conversion. Quand on choisit de faire une conversion, que se passe-t-il réellement au niveau des valeurs RVB de mon image ? Comment l'outil de conversion, le CMM, conserve au mieux les couleurs Lab, c'est-à-dire la sensation visuelle de la photo si l'appareil de destination ne le permet pas comme c'est malheureusement souvent le cas avec les imprimantes ? La conversion étant en quelque sorte une traduction qui a pour mission de ne pas dénaturer l'original...


Espaces couleurs plus ou moins grands

Différences entre Profils ICC en 3DComme on l'a vu sur la page consacrée aux espaces couleurs, les espaces colorimétriques dits de périphériques ou de travail, sont plus ou moins grands. Certains sont tellement grands qu'ils englobent tous les autres (ProphotoRGB ou DonRGB). Certains sont tellement petits qu'ils sont englobés par tous les autres. Mais parfois, certains sont un peu plus grands vers telle ou telle couleur et inversement pour telle autre. On le voit bien sur l'illustration ci-contre. Globalement, l'espace couleurs contenu dans le profil ICC de ce couple imprimante / papier est plus petit que le gamut de l'écran sauf vers les bleus - verts. Ces couleurs sont imprimables mais invisibles à l'écran. C'est plus souvent l'inverse d'ailleurs.

Dit autrement, certaines couleurs peuvent être contenues dans le fichier original mais pas être imprimables. Donc on observe deux cas de figures :

  • Soit les couleurs d'origine sont imprimables (dans le gamut de destination),
  • Soit les couleurs du fichier d'origine ne sont pas imprimables (hors gamut).

Dans le premier cas, si les couleurs de la photo sont imprimables, la conversion sert uniquement à changer les valeurs RVB de la photo pour obtenir sur le tirage la même couleur imprimée. Jusque là, tout va bien ! Mais que faire dans le second cas ou bien encore si le gamut de l'image est nettement plus grand que le gamut de l'imprimante ou bien ... l'inverse ?


Que faire des couleurs non-imprimables ou hors gamut ?

Conversion hors gamutAdmettons que le profil de votre image soit le profil - 1 (rouge) - et celui de votre imprimante le - 2 (blanc) -. Votre image possède des verts / jaunes que l'imprimante ne pourra pas reproduire car ils sont dit hors gamut. Aucune combinaison de CMJN ne peut reproduire exactement cette couleur Lab appartenant à mon image. Comment faire alors ? La conversion consiste alors à faire " rentrer ", comme avec un chausse-pied, ces verts dans l'espace de l'imprimante pour qu'ils soient tout de même imprimés alors que normalement l'imprimante ne sait pas le faire ! Or l'impression visuelle doit rester la plus proche possible des sensations visuelles de l'image d'origine. Pour faire ce travail de chausse-pied, les outils de gestion de couleurs et de conversion se servent de quatre règles de conversion - dont deux seules servent pour les photographes :

  • Le mode relatif
  • Le mode perceptif

Ils sont étudiés ci-dessous. Il y aura forcément des pertes mais un bon moteur saura les réduire au maximum (les pertes !) sans dénaturer les sensations visuelles de l'image d'origine. Celui de Photoshop est particulièrement puissant si l'on choisit le bon mode de conversion. Évidemment certains logiciels de retouche d'images, beaucoup moins chers, ont aussi des outils de retouche, comme les tampons et autres de très bonne qualité, mais aucun ne possède une aussi bonne gestion des couleurs. Cela a malheureusement un prix...


Modes de rendu : relatif ou perceptif

Lorsque l'on effectue une conversion dans Photoshop notamment, il faut donc :

  • Que l'image d'origine ait un profil ICC;
  • Choisir d'autre part le profil ICC de destination - votre imprimante et votre papier -
  • Mais également comme nous venons de le voir le Mode de rendu.

De quoi s'agit-il ? Tout simplement de la façon dont sont gérées les couleurs hors gamut lors d'une conversion. Est ce que l'on supprime les couleurs hors gamut - logique mais destructeur -, est-ce que l'on les remplace par d'autres couleurs mais lesquelles ? Que fait-on des couleurs qui servent pour le remplacement ?


Note sur la conversion

La conversion s'occupe de changer les valeurs RVB - origine / destination - et le mode de rendu s'occupe lui de savoir qu'est-ce-qu'on fait des valeurs hors gamuts - conserver, éliminer, remplacer ou transformer -.

 

Voyons cela maintenant. Selon le mode de rendu choisi, les règles de conversion vont changer. Il en existe quatre : perceptive, relative, saturation et absolue. Le mieux adapté à la photographie est très souvent, selon moi, le mode relatif mais le plus "logique" car soi-disant photographique est le mode perceptif. Je vais les décrire maintenant.

Conversion d'un point A vers un point BPrenons un exemple pour sentir le problème : imaginons que je veuille imprimer une image. Elle possède le profil de mon espace de travail - trait rouge sur l'illustration ci-contre - et je sais que celui de mon imprimante est beaucoup plus petit pour ces couleurs vertes / jaunes - trait blanc -. Des couleurs de mon original, autour du point A , devraient être non imprimables - la couleur Lab associée n'est pas imprimable. Je veux essayer d'imprimer tout de même ces couleurs donc je dois convertir mon image dans un autre espace, celui de destination - à l'intérieur du trait blanc - pour les traduire par les bonnes valeurs RVB MAIS ICI LES BONNES VALEURS RVB N'EXISTENT PAS CAR SONT NON IMPRIMABLES. Or le point B lui est commun aux deux espaces, ainsi la couleur Lab associée appartient aux deux espaces - cette couleur LAB peut donc être convertie en d'autres valeurs RVB.
Dans ces conditions, comment imprimer tout de même ces jaunes / verts de mon image qui se trouvent en dehors de l'espace reproductible de l'imprimante pour ne pas dénaturer complètement mon image une fois imprimée ? Que fait l'imprimante des couleurs hors-gamme ? Les supprime-t-elle ? De plus, sur mon image d'origine, la distance entre A et B me donne une certaine "sensation" visuelle; Comment la conserver après la conversion ?

Mais là se posent plusieurs problèmes :

1 - Si les verts hors espace donc normalement non imprimables sont placés dans l'espace de l'imprimante - à l'intérieur du trait blanc -, de nombreuses couleurs vont, en fait, être "superposées". On remplacerait des couleurs parfaitement imprimables qui appartiennent à mon image d'origine par des couleurs de mon image, non imprimables au départ, les plus proches de l'image d'origine. On pourrait penser alors que le seul choix qui s'offre à nous est de ne garder que la couleur B et d'éliminer A. Dit autrement que décide-t-on de garder et d'éliminer ?
2 - De plus, si je pose la couleur A sur la couleur B et les couleurs du trait rouge sur celles du trait blanc, il sera impossible de les différencier alors qu'elles étaient différentes dans l'espace d'origine.
3 - Enfin, je rappelle que les jaunes-verts du point A étaient à une certaine distance des jaunes-verts du point B dans mon image d'origine, ce qui me donnait une certaine sensation visuelle.

Pour résoudre ces problèmes, les chercheurs mathématiciens ont donc inventé des règles de conversion qu'ils ont appelé des modes de rendu.


En mode perceptif

Conversion en mode percpetifLe moteur ACE de conversion de Photoshop va beaucoup travailler ! Il va en effet faire rentrer au " chausse-pied " les verts hors espace pour ne pas supprimer complètement ces nuances et conserver mon impression visuelle, ma perception visuelle. Pour réaliser une conversion respectant les sensations visuelles de l'image d'origine, le moteur de conversion ACE de Photoshop va procéder en deux temps. Il va tout d'abord "placer" les couleurs du trait rouge ( limite de l'espace de l'image ) sur le trait blanc ( limite de l'espace de l'imprimante ) car les couleurs du trait blanc sont les plus proches visuellement des couleurs du trait rouge. Les couleurs du trait rouge sont les plus saturées de mon original et les couleurs du trait blanc sont les couleurs les plus saturées de mon imprimante. Ensuite, pour conserver une sensation visuelle proche des sensations d'origine, il va "décaler" légèrement et progressivement les couleurs à l'intérieur de l'espace de l'imprimante comme le montre la figure ci-dessus. B va se décaler vers B' et ainsi de suite... B étant "libéré", il va pouvoir y mettre une couleur hors gamut à la place. C'est donc un jeu de chaises musicales progressif ! Comme il ne pourrait pas faire cela indéfiniment sinon des couleurs disparaîtraient de " l'autre côté ", donc vers les rouges, il fait disparaître quelques nuances de l'image d'origine dans le gamut au fur et à mesure qu'il " pousse " les couleurs vers l'intérieur mais tout en essayant de conserver une même perception, d'où le nom de ce mode. L'image perdra une partie de ses couleurs d'origine mais la sensation visuelle restera très proche.
Résumé : Le trait rouge va sur le trait blanc; La couleur A disparaît car non imprimable et est remplacée par A', la couleur la plus proche mais imprimable. A' est remplacée par A''. De temps en temps des couleurs disparaissent vraiment hors gamut car le volume de couleur du trait rouge ne peut pas rentrer physiquement dans le volume blanc, plus petit. La distance relative entre A et B - A' et B' donc plus petite - est sauvegardée le mieux possible. Voilà pourquoi une image doit être travaillée le plus longtemps possible dans son espace d'origine. C'est la seule façon de ne pas perdre d'infos. Les conversions dans ce mode rendu là sont destructrices puisque toutes les couleurs sont modifiées, même celles qui étaient imprimables. Il faut les limiter et les faire au dernier moment. Enfin, l'image convertie apparaîtra légèrement désaturée et à peine moins contrastée si l'espace de l'imprimante est vraiment trop petit pour ces couleurs. Il suffit alors de lui appliquer un calque de niveau ou de contraste pour retrouver - presque - les couleurs Lab d'origine.


En mode relatif

Le moteur ACE de conversion de Photoshop travaille beaucoup moins car il s'agit alors d'éliminer tout simplement toutes les couleurs originales hors gamut ! Les couleurs Lab communes aux deux espaces restent inchangées. Ainsi, si les couleurs hors gamuts disparaissent, les couleurs communes ne sont pas du tout modifiées comme dans le mode perceptif. Ce mode convient donc parfaitement quand l'image d'origine contient très peu de couleurs hors gamut ou quand une couleur imprimable ne doit pas bouger du tout.


Comment choisir entre le mode perceptif et relatif ?

Le plus important c'est qu'il n'y a pas un meilleur mode de rendu que l'autre; tout dépend de la photo à convertir et plus exactement des couleurs Lab contenues dans sont fichiers. Petit rappel : dans la nature, les couleurs ne sont pas toujours très saturées et c'est pour cela que le choix de travailler uniquement en sRGB n'est pas "catastrophique". S'il est de bon ton de travailler dans des espaces plus grands pour montrer que l'on s'y connaît en gestion des couleurs, je trouve même plus malin de rester en sRGB dans la plupart des cas car le sRGB contient déjà suffisamment de couleurs pour n'être que très rarement obligé de travailler dans un espace plus grand. Chaque photo que l'on prend ne contient pas des millions de couleurs et tous les photographes ne prennent pas en photo les mer au bleu turquoise ou des robes de grands couturiers aux rouges intenses !
Ainsi, si votre original ne contient pas ou peu de couleurs hors gamut pour votre imprimante, elles ne seront pas "perdues" par une conversion en mode relatif ! Il est alors le plus judicieux alors car il ne transforme pas - donc ne déforme pas - les couleurs à l'intérieur du gamut commun. Comme par hasard, c'est celui qui fonctionne le mieux le plus souvent et qui convient parfaitement ! Même si vous travaillez en ProphotoRGB, il est étonnant de constater à quel point ce mode de rendu fonctionne souvent très bien. Votre image ne contenait pas forcément beaucoup de couleurs hors gamut pour l'imprimante dont le gamut est beaucoup plus petit.
Si votre original contient des couleurs non imprimables en quantité non négligeable, il peut être alors judicieux d'utiliser le mode de rendu perceptif. Certes il change toutes les valeurs de votre fichier mais il préserve nettement mieux certaines matières, certaines distances relatives entre deux couleurs comme expliqué plus haut.


Comment cela se matérialise-t-il concrètement ?

Là où le rendu relatif pourrait transformer des couleurs non imprimables en un aplat sans nuances puisque toutes les couleurs hors gamut sont "supprimées" ou dit autrement remplacées par une seule et même couleur, la couleur imprimable la plus proche, le mode perceptif essaie de conserver ces nuances, même s'il est obligé de les remplacer par d'autres, très proches visuellement. Je vais essayer de vous le montrer, j'espère, avec les illustrations ci-dessous !


Conversion d'une image en mode perceptif puis relatif

Un point est très intéressant : si vous regardez toute la photo SAUF la zone cerclée, vous verrez que la photo ne "bouge" pas entre l'original, le mode perceptif et le mode relatif. Les "mouvements de couleurs" n'ont lieu que pour certaines couleurs !


Dans cet exemple, il faut surveiller d'une part la couleur jaune du mur à gauche, les couleurs crépusculaires du ciel près de l'horizon en enfin, les couleurs dans la zone cerclée. Sur l'original (1), le ciel est saturé avec des nuances de bleu, plus ou moins sombre et plus ou moins saturées. L'image convertie en mode relatif (2) voit disparaître de très nombreuses nuances du ciel - zone cerclée - alors que le reste de la photo reste inchangé. Les couleurs bleues du ciel dans l'élipse sont hors gamut et ne peuvent être conservées en l'état. Là où il y avait des nuances en saturation et luminosité, il y a un aplat un peu fade !
Sur l'image convertie en perceptif cette fois, on s'éloigne de l'original mais moins. Certes le bleu du ciel dans l'élipse n'est plus aussi saturé que sur l'original mais on conserve des nuances en luminosité comme sur l'original. Le résultat est plus proche de l'original et donc nuancé compte tenu des difficultés à retranscrire ces couleurs non imprimables. Le reste de la photo, dans le gamut commun, est conservé.


Note importante

On aurait très bien pu imaginer qu'un seul espace couleurs neutre comme l'Adobe 1998 puisse suffire pour effectuer les conversions des profils ICC de périphériques vers un espace neutre mais alors pourquoi en créer de nombreux, plus ou moins grands comme le ProphotoRGB, le sRGB... Et bien la réponse est double mais toute simple :

- Elle ne se justifie d'une part que parce que les appareils numériques, non seulement ne reproduisent pas toutes les couleurs Lab mais en plus le font de manière fort différente. Or, quand une couleur d'une photo - donc vue par notre APN - est non imprimable la conversion doit se charger malgré tout de retranscrire cette couleur sur notre tirage afin que celui-ci ressemble à notre original. Cependant, plus il y aura de différences entre l'original et les possibilités de l'imprimante et plus les risques de voir les couleurs originales malgré tout modifiées sont grands. La gestion des couleurs ne fait pas de miracles ! Une imprimante sur papier mat n'a pas le même gamut que sur papier brillant.

- Deuxièmement, plus l'espace couleurs est grand et plus le nombre de couleurs qu'il contient est grand donc plus le travail informatique est important or les ordinateurs non pas toujours eu la puissance de calcul qu'ils ont aujourd'hui. N'oublions pas que Colorsync date de 1995...

 

 

Pour finir, l'ordre dans lequel on va calibrer sa chaîne graphique est très important. Il faut commencer par l'écran en tout état de cause. Ensuite viendra le scanner puis l'imprimante. Mais avant de les passer en revue, je voudrais préciser encore quelques notions de vocabulaire : le calibrage et la caractérisation Suivre


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